
La Commission européenne a adopté sa feuille de route visant à supprimer progressivement les tests sur les animaux dans les évaluations de sécurité chimique. GAIA salue un signal politique important : l’Europe reconnaît que l’expérimentation animale ne peut plus rester le réflexe d’une science moderne. Mais l’ambition doit désormais être traduite en objectifs concrets, en délais clairs et en moyens suffisants.
Le 1er juin 2026, la Commission européenne a adopté sa très attendue feuille de route pour sortir progressivement des tests sur les animaux dans les évaluations de sécurité chimique. Cette avancée s’inscrit dans le prolongement de l’initiative citoyenne européenne « Save Cruelty-Free Cosmetics», soumise à la Commission en janvier 2023, portée notamment par GAIA et soutenue par plus de 1,2 million de citoyens européens.
Pour GAIA, cette feuille de route marque une étape importante. Elle confirme l’intention de la Commission de remplacer les tests sur les animaux utilisés pour les évaluations de sécurité chimique dans l’ensemble de l’Union européenne. Il s’agit d’un signal fort : les tests sur les animaux n’ont pas leur place dans une science moderne... La portée est large : la feuille de route couvre 15 domaines législatifs, notamment les produits chimiques industriels, les substances destinées au grand public, les pesticides, les biocides, les produits pharmaceutiques, les additifs alimentaires pour l’alimentation humaine et animale, ainsi que la vérification de la biocompatibilité des dispositifs médicaux.
Cette reconnaissance est importante. Les tests sur les animaux ne subsistent pas dans un secteur isolé : ils restent intégrés dans de nombreux cadres réglementaires européens. Toutefois, cette transition ne pourra pas se limiter à encourager de nouvelles méthodes scientifiques. Elle devra aussi passer par une adaptation concrète des règles européennes qui continuent aujourd’hui à autoriser ou à exiger des essais sur les animaux.
Des chiffres qui rappellent l’urgence
En Europe, 22 millions d’animaux sont utilisés chaque année pour des expériences. Ce chiffre permet de prendre la mesure de l’ampleur du système, en tenant compte non seulement des animaux utilisés dans des procédures, mais aussi de ceux élevés puis tués dans le cadre de la recherche sans avoir été utilisés.
Les dernières données disponibles pour l’Union européenne et la Norvège confirment que le recours aux animaux reste très élevé. En 2023, 9 073 608 animaux ont fait l’objet d’expérimentations dans les 27 États membres de l’UE et en Norvège. Ce total comprend 8 076 595 expériences effectives et 997 013 utilisations liées à la création ou au maintien d’animaux génétiquement modifiés non utilisés dans d’autres expériences.
Les chiffres relatifs à la souffrance animale restent eux aussi particulièrement préoccupants : en 2023, 41 % des expériences ont été considérées comme ayant causé une souffrance modérée ou sévère. Les tests dits « réglementaires » représentaient encore 1 052 802 utilisations d’animaux, soit 12 % du total.
Le rapport montre également de fortes différences entre pays. La Belgique figure parmi les pays les plus concernés par l’utilisation des animaux. Elle se situe derrière la France, la Norvège, l’Allemagne et l’Espagne mais devant l’Italie, les Pays-Bas et la Suède.
Ces données montrent que la feuille de route européenne ne peut pas rester une déclaration de principe. Chaque méthode sans animaux déjà disponible doit être intégrée rapidement dans les pratiques réglementaires. Chaque test redondant maintenu dans les textes représente une souffrance évitable.
« L’Europe reconnaît enfin que les tests sur les animaux n’ont plus leur place dans une science moderne. Mais il ne suffit pas de tracer une direction : il faut maintenant fixer des objectifs, des délais et des moyens pour que cette transition devienne réelle. »
— Michel Vandenbosch, président de GAIA
Trois piliers pour organiser la transition
La feuille de route prévoit 22 actions et plus de 30 recommandations à court, moyen et long terme. Ces actions sont organisées autour de trois piliers.
Le premier pilier, « Faire advenir le changement », doit permettre d’accélérer le développement, la validation, la normalisation et l’application réglementaire des méthodes sans animaux. Il vise notamment à intégrer les approches déjà disponibles et à supprimer les tests sur animaux devenus redondants.
Le deuxième pilier, « Innovation et leadership européen », entend positionner l’Union européenne comme un acteur moteur des méthodes d’évaluation de nouvelle génération. Cela concerne notamment l’intelligence artificielle, les données pertinentes pour l’humain, les organes sur puce, les modèles tissulaires 3D, les cellules souches pluripotentes induites ou encore les technologies in vitro avancées.
Le troisième pilier, « Collaboration européenne et internationale », vise à renforcer la coopération entre la Commission, les agences européennes, les États membres, les chercheurs, les entreprises et les organisations de la société civile. Cette coopération est essentielle pour garantir que les méthodes sans animaux soient reconnues, acceptées et utilisées de manière cohérente, en Europe comme au niveau international.
Des actions attendues d’ici 2029
GAIA accueille favorablement plusieurs actions à court terme annoncées par la Commission. D’ici 2029, la feuille de route prévoit d’adapter la législation et les lignes directrices afin d’intégrer dans la pratique réglementaire les méthodes sans animaux déjà disponibles et d’éliminer les tests sur les animaux considérés comme redondants.
Une structure de gouvernance spécifique doit également être mise en place. La Roadmap Steering Team, chargée de piloter la mise en œuvre de la feuille de route, devrait être opérationnelle au troisième trimestre 2026. Elle associera la Commission, les agences européennes, les États membres et des parties prenantes.
La Commission prévoit aussi de publier en 2027 un rapport sur les principaux besoins réglementaires en matière d’alternatives aux tests sur les animaux. Cet outil devra permettre d’identifier les priorités, d’orienter les efforts scientifiques et d’accélérer le remplacement des essais encore exigés aujourd’hui. Une évaluation des progrès est ensuite prévue en 2029.
Une avancée réelle, mais encore trop peu contraignante
GAIA salue cette feuille de route comme une avancée importante. Elle marque un changement de cap : les méthodes sans animaux ne sont plus présentées comme un complément marginal, mais comme la base d’un futur système d’évaluation de la sécurité plus moderne et plus pertinent pour l’humain.
Mais plusieurs points restent insuffisants. La feuille de route ne fixe pas encore d’objectifs chiffrés de réduction du nombre d’animaux utilisés. Elle ne détaille pas les modifications législatives nécessaires dans les différents textes européens concernés. Elle ne prévoit pas non plus, à ce stade, de mécanisme de financement spécifique pour garantir la mise en œuvre des actions annoncées.
GAIA appelle l’Europe à accélérer
Pour GAIA, le message est clair : l’Europe a posé un cadre, mais elle doit maintenant prouver qu’elle est capable de le mettre en œuvre. La Commission européenne, les États membres et les agences compétentes doivent accélérer l’intégration des méthodes sans animaux, fixer des objectifs mesurables, garantir des financements dédiés et modifier les textes qui maintiennent encore l’expérimentation animale.
Cette feuille de route peut marquer un tournant. Mais ce tournant ne sera réel que si les intentions sont suivies d’actes.
Source
European Commission. (2026, June 1). Roadmap towards phasing out animal testing for chemical safety assessments[Communication from the Commission, C(2026) 3497 final]
Cet article s’appuie sur la feuille de route publiée par la Commission européenne le 1er juin 2026, intitulée Roadmap towards phasing out animal testing for chemical safety assessments.