
Le Royaume-Uni a récemment présenté une feuille de route destinée à réduire progressivement, puis à mettre fin, au recours aux animaux dans la recherche et les essais pharmaceutiques. Si cette annonce constitue un signal politique encourageant, pour se traduire par des changements concrets, elle devra s’accompagner de mesures opérationnelles, d’une véritable transparence de la part des autorités de régulation et d’un engagement ferme des pouvoirs publics.
Selon Emma Grange, directrice des affaires scientifiques et réglementaires de Cruelty Free International, la stratégie britannique représente un point de départ positif, mais demeure insuffisante à ce stade. Si le document officiel fixe plusieurs objectifs assortis d’échéances, il reste flou quant aux moyens concrets permettant de les atteindre. En l’absence d’un plan de mise en œuvre clair, détaillé et contrôlable, le risque est réel que cette feuille de route reste cantonnée au stade des intentions.
Le gouvernement britannique reconnaît pourtant que de nombreux tests encore pratiqués aujourd’hui pourraient déjà être remplacés, affinés ou supprimés. Certaines études, notamment en pharmacocinétique, sont explicitement identifiées comme des domaines dans lesquels le recours aux animaux peut être évité. En pratique, cependant, des essais sur animaux continuent d’être menés alors même que des méthodes non animales éprouvées, validées et utilisées avec succès depuis plusieurs années sont disponibles. Ces approches ont démontré leur fiabilité scientifique et leur pertinence pour l’humain, et sont déjà acceptées par les autorités de régulation dans de nombreux contextes, rendant d’autant plus difficilement justifiable la poursuite de l’expérimentation animale dans ces domaines.
L’un des leviers majeurs de la transition réside dans le rôle du régulateur du médicament. La Medicines and Healthcare products Regulatory Agency (MHRA) propose un accompagnement général aux entreprises pharmaceutiques, mais ne dispose pas, à ce jour, de dispositifs clairement identifiés pour soutenir activement l’adoption des méthodes non animales. Cruelty Free International appelle donc à une transparence accrue, à l’élaboration de lignes directrices explicites et à la publication d’exemples de dossiers acceptés sur la base de données non animales. Une telle démarche permettrait de lever les réticences persistantes et de sécuriser juridiquement les acteurs désireux d’abandonner les modèles animaux.
Ces enjeux s’inscrivent dans un mouvement international plus large. Depuis plusieurs années, les autorités de régulation manifestent un intérêt croissant pour les principes des « 3R » – remplacement, réduction et raffinement – ainsi que pour les méthodes dites de nouvelle approche (NAM). Le Royaume-Uni s’inscrit ainsi dans une dynamique partagée par d’autres pays qui cherchent à moderniser l’évaluation des médicaments en s’appuyant sur une science davantage pertinente pour l’humain.
Emma Grange souligne que la transition vers une recherche pharmaceutique sans animaux ne peut s’opérer instantanément. Elle nécessite une volonté politique constante et des investissements structurels. Retarder les premières étapes constituerait, selon elle, une erreur stratégique. Les méthodes non animales, telles que les approches in vitro, la modélisation informatique, les organes-sur-puce ou les systèmes fondés sur l’intelligence artificielle, sont déjà utilisées à différentes phases du développement des médicaments et permettent souvent d’obtenir des données plus fiables pour l’humain que les modèles animaux.
Cruelty Free International a par ailleurs publié une « liste de remplacement des tests sur animaux » recensant des domaines où l’expérimentation animale perdure malgré l’existence de solutions non animales éprouvées. On y retrouve notamment certains tests d’allergie cutanée, des essais de puissance sur des produits comme le Botox ou encore plusieurs tests de sécurité vaccinale. Autant d’exemples qui démontrent que le changement est possible dès aujourd’hui, sans attendre d’hypothétiques avancées scientifiques. Dans certains cas, plusieurs méthodes non animales peuvent être combinées afin de remplacer un test animal unique, une approche également soutenue par l’Agence européenne des médicaments pour réduire l’utilisation des primates non humains.
La feuille de route britannique ouvre une fenêtre d’opportunité majeure pour accélérer la sortie des tests sur les animaux dans le secteur pharmaceutique. Mais sans cadre réglementaire clair, sans suivi public des engagements pris et sans volonté politique de rompre avec des pratiques devenues obsolètes, cette ambition risque de rester lettre morte. Les outils existent, les alternatives ont fait leurs preuves : il appartient désormais aux autorités de créer les conditions nécessaires pour que la transition devienne une réalité.
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Source :
Pink Sheet, "How The UK Can Make Its Animal Test Phase Out Work For Pharma", 17 décembre 2025.